Mes « souvenirs » avec Qian Zhongshu
Hier, je n’ai pas osé partager sur mon fil la nouvelle de la mort de Yang Jiang. Je ne la connaissais pas et n’avais jamais lu ses œuvres. En réalité, je n’ai pas non plus de souvenirs à raconter avec monsieur Qian : ce titre est du pur racolage. Ne me frappez pas et ne vous désabonnez pas !
J’ai bien lu La Forteresse assiégée de monsieur Qian et vu son adaptation télévisée. Réalisée par Huang Shuqin, avec Chen Daoming, Lü Liping, Ying Da, Ge You et Ying Ruocheng… La distribution est si impressionnante que seul The Story of the Editorial Board peut peut-être rivaliser.

Vous pensez que je vais parler de l’adaptation télévisée de La Forteresse assiégée ? Pas du tout.
En cinquième, j’avais acheté un exemplaire pirate de La Forteresse assiégée. Chaque page contenait plus de dix erreurs de mots ou de ponctuation. Je lisais en les corrigeant au stylo, comme s’il s’agissait d’un exercice de grammaire chinoise.
Plus tard, j’ai appris à repérer les livres pirates à l’impression et au papier. Mais il y a toujours plus fort que soi : l’an dernier, le président de la société @Times Cinema m’a dit qu’il lui suffisait de sentir un livre pour savoir s’il était authentique. Cette remarque a réveillé ma mémoire olfactive. C’est vrai : les livres pirates ont une odeur particulière d’encre bon marché.
Même si j’avais « corrigé » un exemplaire entier de La Forteresse assiégée, je n’ai jamais relu une édition authentique depuis toutes ces années et je ne me souviens d’aucune de ses formules pleines d’esprit. La seule scène qui me reste est celle où Fang Hongjian « emprunte une cigarette pour embrasser mademoiselle Bao » sur le pont du bateau. En cantonais, on plaisante en appelant cela « se passer le feu ».

Fang Hongjian fumait lorsque mademoiselle Bao lui tendit la main. Il sortit une cigarette de son étui et la lui donna. Elle la prit entre ses lèvres. Tandis qu’il feignait d’approcher son briquet pour l’allumer, elle avança brusquement la bouche et posa le bout de sa cigarette contre celui de Fang Hongjian. En tirant une bouffée, elle l’alluma. Mademoiselle Bao expira un nuage de fumée, triomphante. Mademoiselle Su en eut si froid de colère qu’elle se dit que ces deux-là n’avaient vraiment aucune honte à s’embrasser avec une cigarette en plein public. … Fang Hongjian trouvait le comportement de mademoiselle Bao inconvenant, mais il n’en était pas moins troublé.
En cinquième ou en quatrième, il y avait un petit étal de livres dans le marché Jinjiang, le plus grand marché de produits agricoles, de vêtements et d’articles divers de ma ville natale. Il se cachait parmi les boutiques de chaussures. C’était le grand boom éditorial des années 1990 ; je dévorais aussi bien les classiques de la République de Chine réédités que les nouvelles théories postmodernes. La place la plus visible était occupée par un coffret de quatre volumes de Guan Zhui Bian (souvent traduit par Limited Views). Je n’avais pas les moyens de l’acheter, malgré plusieurs demandes de prix. Quelqu’un a fini par l’emporter, sans doute à l’époque de la mort de Qian Zhongshu. Heureusement, WeChat Moments n’existait pas encore.
Tout mortel doit mourir.
Revenons au « deuil en ligne » sur les réseaux sociaux. Le compte WeChat Elephant Music Space a publié un article sur « l’échelle de mépris » qui apparaît à la mort d’une personnalité. Voici les étapes :
Première étape : la nouvelle se répand.
La réaction la plus élémentaire : « Repose en paix », etc.
Deuxième étape : le mépris de base.
Première vague de supériorité : « Tu as lu ses livres ? Écouté ses chansons ? Vu ses films ? »
Troisième étape : le mépris des experts.
Les experts exhument des faits obscurs et des anecdotes, et surpassent d’un coup les deux premiers groupes de personnes en deuil.
Quatrième étape : mépriser le mépris des experts.
Il y a toujours plus savant que soi. Même les experts peuvent se tromper ; l’histoire connaît alors de nouveaux retournements.
Cinquième étape : au bout de trois jours au plus, tout redevient calme.
Une échelle de mépris ne dure pas plus de trois jours. À la fin, les cendres retournent aux cendres. Ceux qui pleurent le défunt ne reprendront pas forcément ses œuvres.
Alors, pour grimper tout en haut de l’échelle de mépris, il faut se préparer à l’avance et prendre de vitesse les autres. J’avais publié sur le compte WeChat A Certain Movie (ID : cinematik) un article intitulé « Qui est le doyen des rockeurs encore en vie ? ». J’y citais plusieurs rockeurs très âgés et donnais l’adresse d’un site répertoriant les vétérans du cinéma et de la musique. Suivez le guide et faites vos recherches dès maintenant : le moment venu, vous pourrez dominer votre fil social. Cliquez sur « En savoir plus » ci-dessous pour retrouver l’article.


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