Comment les pays communistes ont adapté Star Wars
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Même si Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force ne sortirait qu’en décembre, pendant les fêtes de fin d’année, Disney, qui avait racheté Lucasfilm, avait déjà lancé une vaste campagne de promotion. Dès qu’une nouvelle de Star Wars paraît, quelqu’un ressort les petits livres illustrés adaptés en Chine dans les années 1980 :

△ Dans cette bande dessinée, la princesse Leia est déguisée en Elvis.

△ Le « chevalier » Jedi Obi-Wan chevauche une moto, à la Ben-Hur.

△ Dark Vador chevauche un dinosaure, comme sur la couverture d’un magazine Mystery ou d’une BD « Brave Warrior Disco ».

Le premier film de la saga, Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir, est sorti en mai 1977. Cette BD chinoise date de décembre 1980. Selon les fans chinois qui ont recensé les éditions, au moins une douzaine d’adaptations de Star Wars ont paru en Chine dans les années 1980. Si le sujet vous intéresse, cherchez « les petits livres Star Wars à la chinoise » sur le site Star Wars Chinese. Mais je vous aurai prévenus : les dessins peuvent réserver des surprises :

La Chine n’a adhéré à la Convention universelle sur le droit d’auteur qu’en 1992. Avant cela, adapter librement des films et des séries étrangères en livres était chose courante. Enfants, beaucoup d’entre nous ont sûrement lu des BD du genre « Les Frères calebasse contre les Chevaliers du Zodiaque » :

△ Que dire…
Plusieurs pays communistes d’Europe de l’Est se trouvaient dans la même situation. Alors que les droits des films occidentaux étaient difficiles à faire respecter, les pays derrière le rideau de fer pratiquaient eux aussi la politique du « on prend ce qu’on veut ». En Hongrie, par exemple, des dessinateurs ont adapté Star Wars sans autorisation — et la suite est encore plus étonnante.
En 1982, le dessinateur hongrois Attila Fazekas a publié sa propre adaptation non autorisée de Star Wars. L’album est devenu un jalon dans l’histoire de la BD hongroise et s’est vendu à 700 000 exemplaires en un an. La Hongrie ne compte aujourd’hui qu’environ dix millions d’habitants.

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Les dessins sont remarquablement fidèles au film, qui était d’ailleurs sorti en Hongrie dès 1979. Voici l’affiche de l’époque :


La qualité artistique de cette adaptation hongroise « pirate » était très élevée. Beaucoup de fans la jugent bien supérieure à la première adaptation officielle publiée par Marvel. Voici la BD officielle de Marvel :

Parmi les pays communistes, seuls la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Chine, la Serbie et la Pologne pouvaient se targuer d’une scène de BD solide. La Hongrie se distinguait pour quatre raisons : une tradition remontant au XIXe siècle ; un climat politique relativement ouvert ; l’âge d’or de la BD hongroise dans les années 1970 ; et le succès des adaptations de romans et de films de science-fiction. Fazekas était déjà un auteur réputé en Hongrie, après avoir adapté des films hollywoodiens et des romans de science-fiction locaux :

Après avoir terminé le premier album Star Wars, il a dessiné L’Empire contre-attaque. Le film était sorti en 1980, mais il ne l’avait pas vu ; il ne disposait que d’un scénario et de photos obtenus par un ami. Fort de son premier album, il a laissé libre cours à son imagination et produit une autre adaptation de grande qualité :

Un « traître » a dénoncé l’affaire à Marvel, qui détenait alors les droits des BD Star Wars. Un représentant de la société s’est rendu sur place et a empêché la publication du troisième album, Le Retour du Jedi. Mais l’Amérique ne pouvait pas faire grand-chose à ce qui se passait derrière le rideau de fer et a fini par laisser passer les deux premiers albums. Même après l’arrivée des BD Star Wars officielles de Marvel en Hongrie dans les années 1990, les deux chefs-d’œuvre de Fazekas sont restés des références pour les fans.
Avec l’arrivée progressive des BD américaines, japonaises et ouest-européennes sur le marché, la BD hongroise a décliné. Fazekas a lancé son magazine irrégulier, BOTOND, qui ne se vend aujourd’hui qu’à quelques milliers d’exemplaires. Il raconte que les parents considéraient autrefois la BD comme une « mauvaise herbe » capitaliste ; mais à une époque où les enfants ne lisent plus, en voir un tenir une BD reste réconfortant. Après tout, c’est un livre. Et oui, l’image ci-dessous représente Terminator :

Il a même dessiné des œuvres plutôt « érotiques », qui ne sont évidemment pas destinées aux enfants :

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Les fans hongrois de Star Wars ne l’avaient pas oublié, pas plus que Lucasfilm. En 2012, Lucasfilm a officiellement autorisé le Fan Club hongrois de Star Wars à publier 500 exemplaires d’une adaptation du Retour du Jedi, toujours dessinée par Attila Fazekas. Trente ans avaient passé, mais les fans de Hongrie et d’ailleurs étaient toujours aussi enthousiastes :

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L’histoire s’arrête ici, pour le moment. Peut-être que Disney aura un jour envie de rappeler Attila Fazekas pour une nouvelle aventure. En Chine, l’industrie du cinéma parle beaucoup de propriété intellectuelle et de produits dérivés pour engranger encore et encore des profits. Mais ne faudrait-il pas d’abord créer des œuvres que les fans aimeront pendant des décennies ?

△ D’une œuvre pirate à une reconnaissance officielle : voici la couverture de la dernière adaptation autorisée du Retour du Jedi.

