Première critique du Blu-ray restauré de A Brighter Summer Day : enfin une image nette après vingt ans. Prenez mon argent !
2 mars 2016
Aujourd’hui, le site canadien DVDBeaver.com, spécialiste des critiques de DVD et de Blu-ray, a publié la toute première critique du Blu-ray restauré en 4K de A Brighter Summer Day d’Edward Yang. Si l’on remonte au VCD et au LaserDisc édités par la société hongkongaise Fei Tu en 1997, c’est la première fois depuis près de vingt ans que le public peut voir le film dans son apparence d’origine, avec une image « nette ».
Criterion avait déjà diffusé un court extrait des images restaurées et publié, avant-hier, des photos de la couverture et de l’emballage :

Mais découvrir ces images si nettes, inédites jusqu’ici, nous a tout de même donné des frissons :











L’image restaurée diffère tellement de celle, très sombre, dont nous nous souvenons qu’on dirait un autre film. Voici une nouvelle comparaison avant/après :
Avant restauration (édition LaserDisc)
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Après restauration (Blu-ray restauré en 4K)

Avant restauration (édition LaserDisc)
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Après restauration (Blu-ray restauré en 4K)
Sur Weibo, un ami ayant vu les captures d’écran s’est demandé si elles n’étaient pas surexposées — les scènes claires semblent même un peu délavées. Que se passe-t-il ?
Dans mon précédent article, « Pourquoi ne voit-on toujours pas la version restaurée et remontée par le réalisateur de A Brighter Summer Day ? », j’ai résumé quelques faits d’après une interview :
1. A Brighter Summer Day a été restauré deux fois. La première restauration date de 2009 ; c’est cette version qui a été projetée à Hong Kong, à Taïwan, à Singapour et à Busan. Une deuxième restauration, commencée en 2014, a encore amélioré la version de 2009. Elle n’avait jamais été montrée au public. C’est cette version qu’utilise le Blu-ray Criterion.
2. Des spectateurs qui avaient vu le film à Busan et ailleurs ont dit que l’image était « très sombre » et que le résultat était loin de répondre à leurs attentes. Zheng Zihong, directeur général de la filiale hongkongaise du laboratoire de restauration de Bologne, qui a participé à une partie du travail, leur a répondu : « Je l’ai vu à Hong Kong et à Taipei. Une grande partie du film se déroule dans l’obscurité ; après restauration, on peut distinguer ce qui était auparavant invisible. La restauration vise aussi à préserver la texture de la pellicule d’origine. Certains spectateurs ont peut-être mal compris et pensé qu’une restauration “idéale” devait être aussi nette qu’un DCP numérique moderne. »
Restaurer un film, c’est lui rendre son apparence d’origine. C’est pourquoi les éditions Criterion portent souvent la mention « supervisé par le réalisateur » ou « approuvé par le réalisateur ». Pendant la restauration, le réalisateur, le directeur de la photographie ou un autre membre de l’équipe supervise l’étalonnage — la pellicule change de couleur avec le temps — afin de retrouver l’aspect initial.
L’image restaurée correspond-elle donc à celle de la sortie en salles de A Brighter Summer Day en 1991 ? Qui a supervisé le travail ? La plupart des personnes ayant participé au tournage sont encore en vie, alors il ne devrait pas être difficile de le savoir.
Je me posais les mêmes questions. Voici donc une annonce en avant-première :
Le 12 mars, M. Zheng Zihong, qui a participé à la restauration, viendra à Shenzhen parler de la philosophie de la restauration des films et répondre aux questions sur celle de A Brighter Summer Day. Les détails de l’événement seront publiés séparément prochainement.
Voyons maintenant la critique de Gary Tooze, le webmaster de DVDBeaver.

Texte de Gary Tooze
Traduction de Zhang Fengming

Le coffret
Le disque 1 contient A Brighter Summer Day, d’une durée de près de quatre heures, ainsi que le commentaire audio de Tony Rayns.
Le disque 2 contient les suppléments.
Menu du film

Qualité d’image
Criterion propose une « nouvelle restauration numérique 4K ». Edward Yang était un artiste exigeant et ses films ont rarement été distribués commercialement ; ils sont donc difficiles à voir. La qualité de l’image m’intéressait beaucoup. Cette édition permet aux cinéphiles de découvrir le film tel qu’il doit être vu, et sa rareté ajoute à son attrait. La restauration 4K, présentée en 1080p, offre une image nette et texturée. Son rendu cinématographique est impressionnant et répond à toutes nos attentes. Les captures ci-dessous en donnent une idée fidèle : l’image est fluide et ne présente pas de défaut manifeste.
Son

Le son est assez sobre. La piste PCM linéaire mono à 1 152 kb/s (24 bits) restitue clairement et de façon constante les dialogues en mandarin, mais aussi en taïwanais et en shanghaïen. À l’écoute, tout va bien. Le film n’a pas de musique originale, mais certaines scènes comportent de la musique « en direct » (voir ci-dessus). Des sous-titres anglais sont disponibles ; mon lecteur Oppo a identifié la zone A.
Menu des suppléments

Suppléments
Comme indiqué plus haut, le premier Blu-ray comprend le commentaire de Tony Rayns. Il est très professionnel et riche en informations, comme on pouvait s’y attendre. Il remplit ces quatre heures de détails et d’informations sur tous les aspects du film : Edward Yang, les thèmes et la structure, la politique, la culture américaine, etc. Cela vaut vraiment la peine de l’écouter, et même de le réécouter : il y a beaucoup à méditer.
Le second Blu-ray comprend un entretien de onze minutes avec Chang Chen, encore adolescent au moment du tournage de A Brighter Summer Day. Il est ensuite devenu une grande vedette et a joué dans des films comme Happy Together, Tigre et Dragon et The Grandmaster. Dans cet entretien réalisé par Criterion en 2014, Chang Chen revient sur ses débuts décisifs.
Le supplément principal est le documentaire de près de deux heures Our Time, Our Story, consacré aux vingt ans du Nouveau Cinéma taïwanais dans les années 1980 et 1990. Il comprend des entretiens avec Edward Yang, Hou Hsiao-hsien, Sylvia Chang et Tsai Ming-liang, entre autres. On y trouve aussi un enregistrement de mauvaise qualité de la pièce If, mise en scène par Edward Yang en 1992. Cette satire de 45 minutes montre son talent pour diriger de jeunes acteurs et son goût de la critique sociale, même si les sous-titres sont difficiles à lire (voir ci-dessous).






Le coffret comprend aussi un livret avec un texte du critique Godfrey Cheshire et une déclaration publiée par Edward Yang en 1991.
Verdict
A Brighter Summer Day est indispensable : il faut l’acheter. Dans ses films, Edward Yang examine le conflit entre modernité et tradition, souvent au moyen de plans longs et d’un montage limité. Des détails importants sont souvent masqués par d’autres actions dans le cadre — apparemment de façon délibérée — et il faut observer patiemment pour les repérer. C’est à nous de les découvrir : c’est la seule façon de vraiment les percevoir. Le film est si riche qu’on peut le revoir toute sa vie. Les explications et les discussions du commentaire de Rayns lui donnent encore plus de valeur. Nous recommandons ce coffret Blu-ray sans réserve. Si vous ne devez acheter qu’un seul Blu-ray cette année, choisissez celui-ci.

