Le plus long mot français : anticonstitutionnellement
En laissant de côté le vocabulaire spécialisé et les termes rares de biologie, de physique ou de chimie, ainsi que les conjugaisons, le plus long mot courant des dictionnaires français est généralement considéré comme étant :
anticonstitutionnellement
Il compte 25 lettres et fonctionne comme un adverbe. Il signifie « d’une manière contraire à la Constitution ».
Ce mot intéressant se compose de plusieurs morphèmes. Voici sa formation :
- anti- : préfixe qui exprime l’opposition ou le contraire
- -constitu- : « établir » ou « constituer »
- -tion(n)- : suffixe qui forme un nom
- -el(le)- : suffixe qui transforme un nom en adjectif
- -ment : suffixe qui transforme un adjectif en adverbe
Les manuels d’instruction civique nous apprennent que la Constitution est la loi fondamentale d’un pays, le fondement de ses systèmes politiques et juridiques.
La racine constitu- vient du latin et signifie « bâtir, établir, constituer ». En français, on lui ajoute -er pour former le verbe constituer, qui signifie « bâtir, établir, former ». Le suffixe -tion crée un nom qui désigne encore l’action de constituer. Dans le contexte présent, il s’agit bien sûr de la « Constitution ». Le chinois, lui, permet d’être bien plus concis !
Puis constitution prend le suffixe -el ou -elle pour devenir l’adjectif « constitutionnel ». (Un nom masculin prend -el, un nom féminin -elle ; nous reparlerons une autre fois du genre grammatical.)
Enfin, l’adjectif constitutionnel reçoit le suffixe -ment et devient l’adverbe constitutionnellement. On pourrait dire plus simplement : « conformément à la Constitution ».
On ajoute maintenant le préfixe contraire anti- ; le sens s’inverse : anticonstitutionnellement.
Et voilà : après plusieurs tours de magie linguistique, le mot le plus long est né !
Lorsqu’une règle ou une décision judiciaire est déclarée « anticonstitutionnelle », elle est généralement compromise, car elle contrevient aux valeurs fondamentales du pays. Qui peut rendre un tel jugement ? Dans de nombreux pays dotés d’une Constitution, le contrôle de constitutionnalité permet de déterminer si les autres lois lui sont conformes.
Aux États-Unis, ce rôle appartient à la Cour suprême. Ses neuf juges tranchent les affaires portées devant elle en appel, mais décident si le jugement respecte la Constitution, et non de la peine précise. À travers des affaires importantes, la Cour suprême a interprété la Constitution au fil du temps et défendu des valeurs chères aux Américains, comme la liberté de la presse et les droits humains. On peut lire The Nine ou The U.S. Supreme Court: A Very Short Introduction pour en savoir plus.
En France, cette fonction revient au Conseil constitutionnel. L’année précédente, le président François Hollande avait instauré un impôt de 75 % sur les hauts revenus, poussant certains contribuables fortunés à changer de nationalité et à quitter le pays. Gérard Depardieu, « l’homme au grand nez », avait rejoint la nationalité russe avec colère. Le Conseil constitutionnel a ensuite jugé la mesure contraire à la Constitution. Après des révisions et des reports, il a approuvé une version modifiée à la fin de cette même année, pour une durée de deux ans.
En Chine, l’organe concerné est le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale. Il a interprété à cinq reprises la Loi fondamentale de Hong Kong. Je n’en dirai pas plus ; les lecteurs intéressés peuvent chercher les interprétations du Comité permanent concernant la Loi fondamentale de la Région administrative spéciale de Hong Kong.